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Reconnaître une vraie pierre, les traitements des gemmes

Novice, amateur ou expert, il faut reconnaître qu’il n’est pas toujours évident de déterminer l’authenticité d’une pierre. C’est l’une des grandes questions que me pose ma clientèle auquel je vais vous livrer quelques astuces pour reconnaître les pierres les plus couramment demandées.
Je vais également vous parler des traitements que subissent certaines.

Agate
Pierre poreuse, elle peut être facilement teintée. Bien souvent, il est facile de reconnaître une teintée si elle affiche une couleur flashy et unie avec des bandes blanches ou incolores.  

Ambre
Attention, vous risquez d’être choqué mais je prends le risque puisque le but ici est d’être le plus transparent.
L’ambre VRAI, natif, non trafiquée donc 100% originel se dégrade à l’air et à la lumière. Cela veut dire que c’est l’une des plus gros supercherie qu’on tente de cacher au client. La grande majorité des vendeurs et bijoutiers ne sont pas non plus au courant, donc ne leur jetez pas la pierre.. même si je suis d’accord que nous avons tous la responsabilité de s’informer.
En faite, l’ambre est pulvérulent. À peine extraite des mines, elle est fondue et mélangée à des plastiques pour obtenir une matière plus solide sous forme de plaque ou de tube. Elle est travaillée en volumes adéquats (cabochons, perles, gouttes…) avant d’être proposé aux joailliers pour la confection de bijou. Ainsi, 99% des bijoux en ambre sont des ambres fondus et recomposés! Plus grand chose de naturelle, n’est-ce pas ? Et pourtant, les revendeurs continuent à délivrer leurs certificats d’authenticités: « … en ambre naturel de la Baltique amélioré. » Le très subtile mot « amélioré », atteste que ce sont des mélanges ! 
Le pire, ce sont les ambres vertes. Bien sûr, il en existe naturellement mais elles sont extrêmement rares.
Celles qui sont commercialisées sont colorées par imprégnation de roches argileuses avec parfois de la pyrite. Souvent, la face plate du cabochon est grillée pour renforcer la couleur verte. L’ambre verte est donc complètement artificielle.
Pour reconnaître une ambre authentique, seul le test en fluorescence est fiable! Elle devient jaune, verte ou bleue sous la lumière.
Les fausses ne rayonnent pas ou inversement beaucoup trop.
La copal (résine semi-fossile plus jeune que l’ambre) renvoie une couleur blanche.

Émeraude
L’émeraude renferme beaucoup d’impuretés qui la fragilise. C’est pourquoi, pratiquement toutes les émeraudes sont trempées dans des bains d’huile incolore naturelle afin de remplir les cavités ou fissures ouvertes en surface. Mais au fil du temps, l’huile disparaît et la pierre devient terne. On peut renouveler l’huilage avec de l’huile de cèdre.
Traitement de l’émeraude avec une huile colorée
Le procédé consiste à appliquer une huile de couleur verte sur la pierre pour en modifier la couleur d’origine. Ce traitement doit obligatoirement être mentionné.

Jade
Pour connaître l’authenticité d’un jade, il est essentiel de vous adresser à un spécialiste confirmé ou un gemmologue car cette pierre fait l’objet de nombreuses arnaques.
Il y a tellement d’imitations qui abondent le marché que je pourrais vous faire un article complet sur le jade. (D’ailleurs si cela vous intéresse, veuillez m’en faire part dans les commentaires).
Selon les traitements appliquée au jade, on le classe en 4 groupe:

  • jade A : imprégné de cire ou de paraffine incolore. L’imprégnation permet de combler les fissures et de lui donner un meilleur éclat. C’est le jade le plus naturel.
  • jade B : blanchi puis imprégné de résine synthétique de différentes couleurs qui augmentent sa résistance et sa translucidité. Il peut se décolorer avec le temps.
  • jade C : teinté sans imprégnation. La couleur se dégrade à la chaleur, au soleil et aux produits détergents.
  • jade B+C : teinté et imprégné à la résine 

Lapis-lazuli
La majorité des lapis-lazuli renferment du calcite en grosse quantité pour être attrayants. C’est pourquoi le bleu est accentué à l’aide de teintures qui pénètrent dans les pores. Attention, certains éléments comme le marbre provenant de gîtes de lapis-lazuli sont aussi teintés. C’est en Inde qu’on en propose beaucoup.
Il existe également des imitations dont la plus répandue est le jaspe teinté au bleu de Prusse. 
Difficile à identifier pour un novice, elle se reconnaît néanmoins par l’absence de pyrite et son coût très faible.

Opale 
Il existe des belles imitations de l’opale dont certaines sont très réussies et difficiles à cerner.
Toutefois, il existe une astuce pour les reconnaître. Les sphères de silice sont disposées en colonne dans une opale synthétique. L’opale est ensuite taillées perpendiculairement à celle-ci, afin de ne voir que les jeux de couleurs sous forme de tâches de couleurs vue de dessus. Mais une fois placé de profil, on pourra observer ces fameuses colonnes.
L’aspect trop parfait des tâches et des jeux de couleurs sont des indices supplémentaires si en plus, celle-ci affiche un prix bas.
Actuellement, ce sont les imitations de l’opale noire et bleue qui foisonnent le marché. Prudence…

Perle
Méfiez-vous de certaines appellations comme « Perle de Majorque », « Perle Shell »… C’est juste pour le marketing mais cela reste des perles d’imitation. Ils sont fabriqués à partir de verre, de céramique, de coquille ou même de plastique. Si vous observez de la matière s’écailler au niveau du perçage en grattant avec votre ongle, vous pouvez être certain qu’il s’agit d’une perle d’imitation.
Concernant la vraie perle de culture d’eau douce, sachez que 99% de ces perles subissent un traitement.
Le blanc absolu n’existe pas dans les perles.
Elles sont teintées puis nettoyées et polies pour la vente. 
Le nitrate d’argent est utilisé pour obscurcir la nacre de la perle.
Si le perliculteur souhaite créer d’autres couleurs, il emploie des colorants organiques ou inorganiques pour produire toutes sortes de variétés de couleurs.
Certaines peuvent être irradiées par rayons « gamma » qui les rendent grises à bleutées.
D’autres peuvent être vernis pour augmenter le lustre de la perle. Une méthode pratiquement infaillible est de regarder l’ensemble du rang de perles. Si toutes les perles présentent une teinte et un lustre parfaitement identique, c’est qu’il y a eu un traitement. 
En observant aussi l’endroit où a été percée la perle, on peut voir si le noyau a été obscurci ou non.
Les perles les moins traitées après la récolte sont les perles des mers du Sud, qui subissent à peine un nettoyage pour enlever les résidus.
Les perles de Tahiti sont peu traitées, néanmoins, les couleurs marron et pistache, très en vogue actuellement ont fait l’objet d’un traitement. Ceci doit être clairement signalé aux clients.

Topaze
Pour obtenir des topazes bleues et roses, on les traite par irradiation. Voir l’explicatif plus bas
Il existe récemment un autre genre de topaze au reflet arc-en-ciel vendue sur le marché:
La topaze mystique est une topaze naturelle transparente qui a subi un traitement de surface (appelé coating) lui donnant son aspect si particulier.
Comme il s’agit d’un dépôt de surface, il aura tendance à disparaître avec le temps par usure et frottements.
À noter que ce traitement n’est pas toujours clairement indiqué.

Turquoise
Minéral poreux et friable, la turquoise naturelle est fréquemment imprégnée de résine qui permet de renforcer sa dureté, sa ténacité et à mieux stabiliser sa teinte. Elle doit porter obligatoirement l’appellation turquoise « stabilisée » ou « imprégnée ». Il faut la piquer avec une aiguille chauffée au rouge afin de voir si elle s’enfonce dans la pierre. Si c’est le cas, il s’agit bien d’une turquoise « stabilisée ». D’ailleurs, si vous constatez de la pyrite incrustée dans la turquoise, vous êtes assuré que la pierre n’est ni reconstituée, ni de synthèse. 
Les turquoises « reconstituées », fabriquées à partir de résidus de turquoise naturelle pulvérisés et agglomérés avec de la résine présentent en général beaucoup de toiles foncées (résine) très rapprochés.
Bien-sûr, il y a aussi les imitations de la turquoise, teintées à partir d’autres pierres comme la howlite. Plusieurs méthodes : 

  • Tremper assez longtemps la pierre dans l’eau. Si vous constatez qu’elle déteint, bingo. 
  • Casser la pierre. Si l’intérieur est blanc, bingo aussi.
  • La porter continuellement et attendre. Si elle blanchit..vous l’avez compris.

Les turquoises de synthèse, très difficiles à reconnaître parfois, présentent une couleur très uniforme avec ou non des veines fines bien dessinés. Si en plus elle affiche un bas prix, il y a de fortes chances que ce soit une synthèse.

Concernant les traitements, les plus courants sont : 

  • les traitements thermiques
  • les traitements par diffusion
  • les traitements par infiltration
  • les traitements par irradiation

En France, la mention « traitée » doit obligatoirement être accolée à la dénomination de la pierre ainsi que le type de traitement subi dans le descriptif. Sauf pour le traitement thermique (sous certaines réserves) et le bain d’huile pour l’émeraude. Il n’est donc pas obligatoire de le mentionner.

Le traitement thermique 
C’est un traitement considéré comme une mise en valeur naturelle car il s’agit d’une continuation des processus qui se produisent dans la terre quand la pierre a été initialement formée et exposée à de très fortes chaleurs. Pendant le traitement, la pierre est chauffée à de très hautes températures (environ 1600°C) provoquant une restructuration des éléments chimiques et d’autres inclusions afin de changer la couleur.
Ce traitement est autorisé internationalement et n’a pas lieu d’être précisé sur la facture.
Voici une liste des pierres les plus couramment chauffées :
Aigue-marine
L’aigue-marine possède naturellement des sous-teintes verdâtres. Pour les supprimer, elle est chauffée pour devenir plus bleue et approfondir cette couleur.
Améthyste
Certaines améthystes sont chauffées pour les éclaircir.
Citrine
Les citrines à bas prix sont en réalité des améthystes chauffées qui deviennent jaunes.
Kunzite
Pierre rose ou verte transparente à incolore naturellement, elle peut être chauffée pour accentuer sa couleur.
Morganite
Ce béryl peut-être chauffée pour changer la couleur orange à rosé.
Rubis
Ce corindon possède de nombreux fissures internes à cause du chrome qui la compose. La chauffe permet de les remplir et de dissoudre les tâches de fer et autres inclusions qui ternissent la couleur du rubis.
Saphir
On estime 95% de saphirs ayant subi une chauffe pour améliorer la teinte. 
Tanzanite 
90 % des Tanzanites sont brunes ou incolores. Grâce au traitement, elles présentent un bleu violacé attrayant.
Topaze 
Le traitement thermique est utilisé pour les topazes roses et bleues. Ces dernières sont chauffées après le traitement par irradiation pour leur donner la teinte bleue.
Tourmaline
Les variétés vertes et bleus sont habituellement chauffées pour les éclaircir.
Le zircon 
Le traitement thermique peut produire une pierre rouge, bleue, ou incolore.

Seuls les gemmologistes sont aptes à déterminer si la pierre a eu un traitement thermique en étudiant la structure chimique interne. Évidemment, celles qui ne sont pas chauffées sont bien plus chers voir même hors de prix.

Le traitement par diffusion
Ce traitement doit être mentionné obligatoirement par le commerçant. En général, les négociants sérieux ne tolèrent pas ce type de produits car ils ne les considèrent plus comme pierres naturelles.
Actuellement, ce traitement est utilisé pour changer la couleur en surface du corindon (saphirs et rubis).
Cette méthode consiste à faire pénétrer dans la pierre des substances chimiques en infusion à hautes températures (environ 1750°C).
Pour le saphir bleu, l’agent chimique est principalement le titane ou le cobalt.
Pour le saphir jaune/orange/rose et rubis, c’est le béryllium qui est infusé.
C’est aussi une méthode répandu pour traiter le saphir étoilé car il permet d’augmenter l’astérisme. 
Le processus de diffusion peut atteindre la moitié d’un millimètre de profondeur dans la pierre.
Ainsi son apparence est améliorée. 
En revanche, si la pierre est endommagée ou retaillée, on apercevra sa couleur médiocre d’origine.  
Il est difficile de déceler ce traitement à l’œil nu, pensez à réclamer un certificat lors d’achat d’un saphir ou rubis.

Le traitement par infiltration
Elle est utilisée surtout pour le rubis opaque, inutilisable en joaillerie. Sa porosité permet de remplir ses nombreuses fissures et fractures internes par du verre au plomb pour la rendre translucide. 
La législation Française exige qu’on le qualifie de « rubis composite » et non de rubis. L’appellation « rubis Indien » est erronée. Il s’agit effectivement de rubis composite dont le plus gros avantage est son faible prix.

Le traitement par irradiation
Ce traitement obligatoirement mentionné, est utilisé principalement pour les topazes bleues et roses. 
La topaze bleue naturelle est très rare c’est pourquoi pratiquement toutes celles qui sont commercialisées sont traitées par irradiation. 
Voici une liste d’autres pierres (non exhaustive) pouvant faire l’objet de ce traitement :

  • diamant: pour obtenir des diamants verts ou bleus.
  • tourmaline rose: pour en faire une tourmaline rouge(rubellite).
  • morganite: pour accentuer la couleur rose.
  • perle: pour leur donner une teinte grise ou bleutée.

Il existe 3 méthodes à ce jour:

  • Bombardement neutronique par un réacteur nucléaire
  • Bombardement électronique par un accélérateur
  • Rayonnement gamma par une installation de cobalt 60 (utilisée couramment pour stériliser du matériel médical): ce procédé ne rend pas les pierres radioactives.

Pour les 2 premières méthodes, les pierres restent radioactives pendant un certain temps. Toutefois, le niveau de radiation est considéré comme sûr à manipuler par le CNRC. De plus, des mesures strictes garantissent que les topazes sont mis de côté pendant plusieurs mois afin que les radiations se décroissent avec le temps. 
Comme vous pouvez le constater, l’irradiation est particulièrement surveillée et ne comporte aucun danger pour l’homme une fois les pierres commercialisées.

Conclusion
Rien ne vaut l’expertise d’un gemmologue. Toutefois, vous pouvez demander l’avis d’un joaillier ou un sertisseur qui ont l’habitude de manier les gemmes.